Froome, la victoire du pragmatisme

Froome, la victoire du pragmatisme©Media365
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Media365, publié le dimanche 23 juillet 2017 à 20h28

Déjà vainqueur du Tour de France à trois reprises, Christopher Froome s'est adjugé une quatrième couronne en 2017. Un ton au-dessus de la concurrence lors de ses précédents sacres, le Britannique a été moins souverain cette année. Mais son sens de la course et le dévouement total de ses coéquipiers lui ont finalement permis de s'imposer. Analyse d'une victoire frappée du sceau du pragmatisme.

La performance force tout simplement le respect. Avec désormais quatre maillots jaunes dans son armoire, Christopher Froome occupe une place de choix dans le panthéon du cyclisme puisqu'il devance Greg LeMond, Louison Bobet et Philippe Thys (trois victoires), tout en n'ayant plus qu'une longueur de retard sur les géants Miguel Indurain, Bernard Hinault, Jacques Anquetil et Eddy Merckx. Parviendra-t-il à égaler le Cannibale, le Blaireau et consorts ? Pourrait-t-il même envisager de les dépasser au palmarès de la Grande Boucle ? Seul l'avenir nous le dira. En attendant, Froome savoure ce nouveau titre, qui a une saveur bien particulière tant sa suprématie a été contestée jusqu'au bout.
Aucune victoire d'étape pour le maillot jaune, une première depuis onze ans
Car il ne faut pas s'y tromper : cette année, le natif de Nairobi a eu toutes les peines du monde à asseoir sa domination, ce qui n'était pas le cas par le passé. En 2013, 2015 et 2016, lors de ses précédents succès, le Britannique avait pris l'habitude d'assommer ses adversaires dès la première étape de haute montagne, avant d'accroître son avance en contre-la-montre et de gérer son matelas en troisième semaine. Ce fut bien plus compliqué cet été. Avec Fabio Aru d'abord, Romain Bardet ensuite, Froome a été bousculé dans les différents massifs montagneux, où il a été incapable de faire la moindre différence. Il a même fait craindre le pire à ses directeurs sportifs quand il a craqué dans les trois cents derniers mètres de l'ascension vers l'altiport de Peyragudes, laissant apparaître une faiblesse qu'on ne lui connaissait pas. Le leader de la Sky termine vainqueur de ce Tour sans y avoir remporté la moindre étape. Un coureur en jaune à Paris sans avoir levé les bras au moins une fois pendant trois semaines, ce n'était plus arrivé depuis Oscar Pereiro en 2006 (et encore, l'Espagnol avait alors bénéficié du déclassement a posteriori de Floyd Landis). Cette statistique résume, à elle seule, le peu de marge dont disposait « Froomey », qui n'avait par ailleurs engrangé aucun succès depuis le début de la saison.
Le pragmatisme, la clé du succès
Comment a-t-il fait, dès lors, pour décrocher sa quatrième couronne ? Moins souverain que par le passé, Chris Froome a sans doute rapidement compris qu'il ne serait pas en mesure de s'envoler en montagne. Il s'est alors appliqué à suivre consciencieusement la roue de ses rivaux qui, eux, devaient absolument creuser des écarts avant le chrono final. N'ayant pas les jambes pour mettre Bardet, Uran et les autres dans le vent, le Kenyan blanc a donc dû faire preuve de pragmatisme, c'est-à-dire se concentrer sur l'essentiel et renoncer à d'éventuels coups d'éclats. Une tactique certes peu spectaculaire, mais qui a porté ses fruits. A l'exception d'un ou deux virages mal négociés en descente, le protégé de Nicolas Portal n'a commis aucune erreur fatale. Toujours bien placé, il n'est pas tombé et n'a pas été piégé dans une bordure, ce qui a en revanche été fatal à d'autres favoris. Ses qualités de rouleur sont restées intactes, ce qu'il a su prouver lors du contre-la-montre inaugural de Düsseldorf puis à Marseille, trois semaines plus tard.
La Sky a survolé les débats
Enfin, et c'est peut-être là le plus important, Froome a une nouvelle fois pu s'appuyer sur la meilleure équipe du peloton. Composée de rouleurs durs au mal (Luke Rowe, Christian Knees), de lieutenants tout-terrains (Vasil Kiryienka, Michal Kwiatkowski) et de grimpeurs de haut niveau (Mikel Landa, Mikel Nieve), la Sky a parfaitement encadré son leader, malgré la méforme relative de Sergio Henao et l'abandon prématuré de Geraint Thomas. Landa aurait même pu, à une seconde près, accompagner son coéquipier sur le podium... Toute de blanc vêtue cette année, la formation britannique a démontré que le cyclisme sur route était bel et bien un sport d'équipe.
Porte, Valverde, Fuglsang... Ces trouble-fête qui ont dû jeter l'éponge
Mais cela ne suffira peut-être pas à convaincre les plus sceptiques. Certains regretteront sans doute la chute de Richie Porte dans la descente du mont du Chat, qui a réduit à néant les espoirs d'un très sérieux prétendant au trône. En excellente forme, l'Australien était le seul des favoris à pouvoir réellement rivaliser avec Froome contre-la-montre. N'oublions pas non plus Alejandro Valverde, qui est allé à terre dès le premier jour de course. Aligné en tant que lieutenant de Nairo Quintana, l'expérimenté grimpeur espagnol aurait rapidement pu prendre du galon et devenir le leader de la Movistar au regard des difficultés éprouvées par le Colombien après son Giro. Contraint lui aussi à l'abandon, Jakob Fuglsang aurait pu être un atout de poids pour Fabio Aru lorsque celui-ci était encore en jaune. Oui, ces incidents de course ont probablement un peu plus encore ouvert la voie à un nouveau triomphe de Christopher Froome. Rendez-vous en juillet 2018 pour assister à la prochaine guerre de succession...

 
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